Gisèle Halimi, une vie sous le signe du féminisme et de la cause anticoloniale

Rédigé le 28/07/2020
AFP


Paris - Avocate française, femme politique et écrivain, Gisèle Halimi, décédée mardi à 93 ans, a fait de sa vie un combat pour le droit des femmes, marqué par un procès retentissant en 1972, qui a ouvert la voie à la légalisation de l'avortement en France.

Née Gisèle Taïeb le 27 juillet 1927 dans une famille modeste à La Goulette, en Tunisie, elle est très bonne élève et ne manque pas de caractère. "J'aimais l'école (...) je me suis mise à lire beaucoup (...). Pendant ce temps, mes frères, qui étaient cancres, rentraient avec de très mauvaises notes. C'était alors un drame familial", a-t-elle raconté.

Enfant, elle est témoin, le 9 avril 1938, de la répression sanglante à Tunis d'une manifestation favorable à l'émancipation des Tunisiens, un épisode qui la marquera durablement. Elle deviendra ainsi plus tard une des avocates de la cause anticoloniale.

Licenciée en droit et en philosophie à Paris, élève de Sciences-Po, la jeune femme s'inscrit au barreau de Tunis en 1949 et défend des syndicalistes et des indépendantistes tunisiens.

C'est là le premier volet de sa carrière professionnelle, poursuivi à Paris et en Algérie où elle devient l'un des principaux avocats des militants du Front de libération nationale (FLN).

Elle dénonce l'usage de la torture par les militaires français, ce qui lui vaudra une arrestation et une brève détention.

En 1960, elle défend Djamila Boupacha, militante du FLN accusée d'avoir déposé une bombe à Alger, violée et torturée par des militaires français pour lui arracher des aveux.

"L'injustice m'est physiquement intolérable", disait souvent Mme Halimi. "Toute ma vie peut se résumer à ça. Tout a commencé par l'Arabe qu'on méprise, puis le Juif, puis le colonisé, puis la femme", confiait-elle au Journal du Dimanche en 1988.

En 1971, elle fonde "Choisir la cause des femmes", aux côtés notamment de Simone de Beauvoir et Jean Rostand. Amie de Jean-Paul Sartre, elle prendra la présidence de cette association à la mort de Simone de Beauvoir (1986).

Elle est une des signataires du retentissant manifeste des 343 femmes disant publiquement avoir avorté (1971).

Dès l'année suivante, elle défend, devant le tribunal correctionnel de Bobigny (en région parisienne), Marie-Claire Chevalier, mineure accusée d'avoir eu recours à un avortement après avoir été victime d'un viol.

A l'occasion de ce procès emblématique, le grand public en France découvre cette femme à l'allure toujours impeccable, qui fait citer un aréopage de personnalités littéraires et scientifiques, venues dénoncer un procès d'un autre âge.

Elle obtient la relaxe de la jeune femme et parvient à mobiliser l'opinion, ouvrant la voie à la dépénalisation de l'avortement, début 1975.

Élue députée en 1981, elle poursuit le combat à l'Assemblée, cette fois-ci pour le remboursement de l'interruption volontaire de grossesse (IVG), finalement voté en 1982.

Elle devient en 1985 et 1986 ambassadrice de France auprès de l'Unesco.

Gisèle Halimi poursuit sans répit son engagement pour le droit des femmes et la parité. En 1995, elle prend la tête, avec notamment l'ancien ministre socialiste de la Justice, Robert Badinter, du comité français de soutien à Sarah Balabagan, une jeune domestique philippine condamnée à mort aux Émirats arabes unis pour le meurtre de son employeur qui abusait d'elle.

En 1998, elle fait partie de l'équipe qui crée l'organisation altermondialiste Attac (Association pour la taxation des transactions financières et pour l'action citoyenne).

Par la suite, elle interviendra fréquemment pour s'inquiéter de la fermeture de plusieurs centres d'IVG en région parisienne (2009) ou défendre la pénalisation des clients de prostituées (2011).

Parallèlement, elle a mené une carrière d'écrivain. Parmi sa quinzaine de titres figurent "Djamila Boupacha" (1962), et une oeuvre plus intimiste comme "Fritna", sur sa peu aimante mère (1999), "pratiquante juive totalement ignorante".

Mère de trois garçons, elle a confié qu'elle aurait aimé avoir une fille pour "mettre à l'épreuve" son engagement féministe.